Je ne saurais dire si cette sensation ventrale que j'éprouve, est uniquement liée au fait que j'ai encore l'estomac vide et qu'il me faut y remédier, ou si cela est aussi largement lié à un quelconque stress, trac, ou autre processus psychologique partiellement somatisé et plus ou moins conscient de ce genre. Mais, tandis que je mange, et quoique je répugne à admettre être atteint par cela, je ne peux que me rendre à l'évidence, quant au fait que donner du grain à moudre à mon système digestif n'apaisera pas cette sensation déplaisante.
Cette phrase, vue dans un film hier, et existant au demeurant indépendamment de ce dernier, tourne en boucle dans ma tête sans que je puisse m'empêcher de tenter de me la rappeler précisément à ma mémoire. « Mais je suis pauvre et je n'ai que mes rêves, j'ai déroulé mes rêves sous tes pieds, marche doucement, car tu marches sur mes rêves ». Elle n'a pas de signification outre mesure pour moi qui ne rêve plus que pour échapper à la réalité, et non à une éventuelle réussite future, mais je ne parviens pas à l'empêcher de défilé sans arrêt comme un disque possédé qui tourne sans que rien ne puisse l'arrêter. Pourtant, je devrais être entièrement centré sur cet examen que je passerai d'ici environ trois heures, comme le sont sans nul doute tous ceux qui vont le passer en même temps que moi. Je devrais peut-être m'interroger quant à cela, mais j'ai peur de réaliser que je ne crois plus moi-même à ce maigre et dernier lien qui me raccroche à une potentielle orientation future, me tenant loin de la voie de « déchéance » qui ne me semble pas l'être tant.Je ne pense pas avoir vraiment cru que cette mobilisation durerait, passerait un stade décisif, et pourtant, quand le mouvement de masse de déposer les armes s'est insinué dans nos « rangs », à la simple entente du danger de plus en plus proche de ne pouvoir passer ces examens, une sourde déception m'a envahi tandis que je prenais conscience que le peuple censé être souverain de ce régime tant vénéré, a une énième fois posé son cul sur sa chaise et attendu la parole de ses « représentants ». Et une fois de plus, je me suis demandé si c'est cela être mature, laisser tomber une soi-disant cause parce qu'il faut penser à l'avenir, parce que si nos diplômes valent encore moins que rien, ça sera dur après. Je dois être un sacré morveux, dans le fond, puisque je n'arrive pas à placer cette sacrosainte vie professionnelle censée occuper les prochaines décennies de nos vies, au dessus de tout le reste. Qu'est-ce qui reste? Je ne sais, et pourtant ça me semble plus important que ça.
Tiens, je ne sens plus rien. Peut-être que je n'ai pas le trac alors. Enfin pas beaucoup. Juste un peu.
La voix monocorde de la radio s'acharne sur l'avion perdu. Ça me rappelle ce que disait TF1 l'autre jour, quant à la présence d'un bébé à bord, et à ce que disait Stéphane Guillon, « si y'a un bébé à bord, le délai passe direct à 6 mois ». Ça va, je vais avoir le temps de trouver des stupidités à dire.
PS: Finalement, j'ai répondu à 20% de l'examen, comme quoi j'avais bien fait de venir – j'avais écrit ça mercredi matin.